TRIBUNE

Juin 2019 : l’École de Musique et de Théâtre Yonne Nord
située à
Sergines (89) menacée de fermeture

 

 

FAIRE DE LA MUSIQUE

 

De l'importance du maintien
des écoles de musique

dans le maillage territorial

de notre pays

 

    La musique accompagne quotidiennement la vie de la plupart d’entre nous. Écouter de la musique procure le plus souvent une joie puissante, voire rassérénante, consolante. On prend plaisir à chantonner sous la douche, à siffloter un brin de mélodie en gambadant dans un chemin de forêt. On apprécie de pouvoir s’offrir, via l’autoradio de sa voiture ou son smartphone, un bon morceau de rap, de reggae, de hard rock ou de classique comme on est heureux de pouvoir se retrancher chez soi pour écouter sereinement La Callas, Edith Piaf, Céline Dion, Beyoncé, une pièce de Duke Ellington ou une mazurka de Chopin. On aime jauger du coin de l’oreille les prestations des interprètes amateurs qui concourent dans les émissions de télévision telles que N’oubliez pas les Paroles ou The Voice comme on se laisse émerveiller par les artistes qui se produisent, toujours sur le petit écran, dans Taratata ou La Boîte à Musique de Jean-François Zygel.
    On se réjouit aussi de se rendre à un concert, d’entendre dans un climat de pause, de relâchement, de détente, un petit orchestre qui sévit dans une fête de mariage, dans une kermesse de campagne. On vibre à l’écoute d’une fabuleuse musique de film, on est ému par une comptine d’enfant, un joli carillon de cloches d’église, un air de piano qui s’échappe d’une fenêtre entrouverte…

    Le simple mélomane1 vit journellement une passion spontanée, « naturelle », avec la musique, donne journellement libre cours à son goût de la musique.

    Ce mélomane est souvent un musicien qui s’ignore
. Parfois, il est vrai, il n’a tout bonnement jamais été traversé par l’idée de FAIRE de la musique. Mais ce sont fréquemment d’autres freins qui viennent faire obstruction à cette démarche. Souvent, l’amoureux de musique s’interdit d’être musicien par intimidation, par blocage. Chez les adultes, c’est le fameux : « Pour faire de la musique, on doit commencer jeune ! A mon âge, je n’ai aucune chance de parvenir à quoi que ce soit ! C’est fini !». Souvent encore, l’auditeur friand de musique se trouve démuni, pénalisé, parce qu’il ne dispose pas de moyens de se lancer dans l’activité musicale faute de cours ou d’école de proximité pouvant lui proposer une formule d’enseignement compatible avec ses horaires professionnels et familiaux mais aussi avec ses possibilités financières. Pour nombre d’entre nous, il est donc difficile, d’une part, sur un plan personnel, de franchir ce pas qui consiste à attaquer sans peur l’étude de la musique et il est difficile, d’autre part, d’avoir accès à un lieu d’enseignement fiable et accueillant doté de professeurs compétents et passionnés.

    D’ores et déjà, on voit toute l’importance décisive de la présence des écoles de musique dans le maillage territorial de notre pays et du rôle qu’elles peuvent jouer dans ce basculement magique, à la portée de tous, qui consiste — en plus de continuer d’écouter de la musique avec plaisir — d’EN FAIRE !

    Ce serait manquer de jugement et de clairvoyance de ne pas percevoir que les écoles de musique sont de considérables auxiliaires de sensibilisation artistique bien sûr, mais aussi d’enrichissement, d’épanouissement individuel ainsi que de convivialité, de partage, de « vivre ensemble ». Elles ne doivent pas être rayées du paysage économique et social ; elles ne doivent pas être sacrifiées sur l’autel de l’utilitarisme économique et social. Pour vivre, nous avons certes — d’abord — besoin « de pain », mais également de culture, de peinture, de danse, de théâtre, de livres, de musique, pour ne pas laisser TOUT le champ libre, par exemple, aux usages numériques abusifs ou aux pratiques de réseaux sociaux aliénantes et chronophages.

    Particulièrement en zone rurale (et dans un contexte général actuel qui voit notamment des conservatoires cesser leur activité ou diminuer les heures de cours de leurs professeurs, des MJC fermer leurs portes, une Éducation Nationale réduire la voilure en matière de classes artistiques2), supprimer une école de musique, c’est au surplus mépriser une fois de plus les habitants des campagnes en rationnant une fois de plus une offre pédagogique, culturelle, artistique vers laquelle chacune et chacun d’entre nous doivent pouvoir se diriger avec facilité, intérêt, enthousiasme et bonheur, sans oublier les enfants, parmi les premiers concernés par une opportunité attractive et bien conduite d’éveil et de formation musicale.

Didier ROBRIEUX

 

 

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1. L'expression  "le simple mélomane" qui supporte mal ici une écriture « inclusive » utilisable à la suite, fait bien sûr référence à égalité à toutes les nombreuses et ferventes amatrices de musique.
2. Les professeurs de musique payent le prix fort en ce moment; nombre d'entre eux perdent brutalement leurs emplois ou vacations.