Paroles de musiciens

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PASCAL HENNER,
PERCUSSIONNISTE

 

 

Des sonorités rythmiques
exaltantes

 

 

Interview

Le concert du groupe Inébia (jazz/world music) qui s’est tenu le 19 novembre dernier à la salle La Scène de Sens (89) a notamment permis d’apprécier le jeu marquant de Pascal Henner aux percussions. Lors de ce show, ce percussionniste s’est donné sans compter pour offrir à l’auditoire des sonorités de rythmes aussi diversifiées qu'exaltantes. Pascal Henner a bien voulu répondre à nos questions.

 

Si vous le permettez, faisons plus précisément connaissance avec votre domaine instrumental. Quelles percussions utilisez-vous le plus fréquemment ?
L’instrumentation la plus courante comporte les tumbas par set de deux ou trois (il m’est arrivé quelques fois de jouer sur quatre tumbas dans les formations de latin jazz ce qui permet de développer des rythmes avec une mélodie plus riche). Il y a aussi le cajon, instrument afro-péruvien que j’ai pratiqué dans un groupe de tango et qui fait partie maintenant du kit de base. Je joue également de la derbouka et le daaf, instruments orientaux, ainsi que — dans des contextes musicaux  différents — le djembé et les dundun, percussions d’Afrique de l’Ouest. Sans oublier toutes les percussions « mineures » : kits de cymbales, clave, cloches woodblocks, shakers, shékéré, afoché, cymbalettes… Tout cet instrumentarium est combinable selon les formations et les styles de musique.

Quels sont les rythmes auxquels vous avez recours habituellement ?
Les rythmes les plus souvent utilisés sont ceux de Cuba pour la partie tumba et ceux d’Amérique du sud et d’Espagne pour la partie cajon. Les provenances des rythmes joués sont très variées : Afrique, Brésil, Cuba, Antilles, Maghreb, Ile de la Réunion, Espagne, Amérique du sud. Les formations auxquelles je participe souhaitent la plupart du temps mettre en avant des sonorités d’origines différentes dans un contexte plus largement ouvert, ce qui m’amène à utiliser les instruments pour leurs sons propres et à créer des rythmes spécifiques.

Quels sont les rôles dévolus généralement aux percussions dans les programmes des orchestres qui vous sollicitent ?
Cela dépend. Certains groupes demandent que les percussions soutiennent l’ensemble en faisant partie de la section rythmique avec la basse et la batterie. Les percussions introduisent alors une ambiance sonore, d’autres climats, d’autres couleurs. Lorsque les percussions sont couplées avec la batterie, les deux instruments doivent soutenir leurs singularités avec un arrangement rythmique particulier en évitant les doublons tout en conservant un rapport étroit avec la basse.

D’autre part, depuis quelques années, j’interviens souvent seul pour assurer la section rythmique. Je suis amené à travailler avec des formations telles que jazz, standards, musiques improvisées, chansons françaises et traditionnelles, tango, rock, funk, etc.

Vous êtes pas mal demandé pour le jazz…
Oui. Je collabore fréquemment à des formations jazz, en duo, trio ou quintet pour effectuer des accompagnements « originaux » très distincts de celui d’un batteur (placement rythmique).

A propos, quel rapport entretenez-vous personnellement avec le jazz ?
J’ai découvert le jazz avec l’écoute des productions ECM Record et de musiciens tels que John Abercrombie, Pat Metheny, Terje Rypdal, Keith Jarrett, etc., qui m’ont fait découvrir le panthéon des Grands de cette musique. J’entretiens une relation très étroite avec ce style musical en perpétuelle recherche.

Rétrospectivement, quelles ont été vos premières rencontres avec la musique ?
Je suis né en 1962. A 10 ans, j’écoutais déjà la musique que ma grande sœur aimait. C’est ainsi que j’ai découvert Les Beatles, Les Stones, Génésis, King Crimson, Pink Floyd, Cohen, les Who, etc. Adolescent, mes achats et mes écoutes de disques se sont portés vers d’autres styles très divers dont Magma, Led Zeppelin, Yes, Jimmy Hendrix, Carlos Santana, Les Clash, Jeff Beck, Zappa, vers des compositeurs classiques également : Bach, Mozart, Stravinski, Boulez, Laporte, etc. Je ne me suis jamais interdit de limite auditive, notamment grâce à la boutique de disques «La Discothèque de l’Arquebuse» de Corbeil-Essonnes (91) qui me permettait d’emprunter de nombreux disques de styles très éclectiques et qui me donnait accès à de nombreux musiciens connus ou pas.

Est-ce que les percussions ont été vos premiers instruments ?
Non, adolescent, j’ai commencé par deux années d’apprentissage de la guitare. A l’époque, j’étais plutôt intéressé par le rock & roll, l’heavy métal, le blues. Puis, après avoir assisté à un concert de David Rose en 1979, j’ai débuté les percussions. J’avais 17 ans. C’est avec ce concert que j’ai découvert le rôle que jouaient le percussionniste et les percussions dans ce groupe, que je me suis rendu compte de la présence rare des percussionnistes dans les formations que j’avais vues et entendues jusqu’à présent. A l’origine de ma passion pour les percussions, il y a l’énergie qu’elles dégagent et l’extraordinaire diversité de leur instrumentarium.

Quels sont  les professeurs qui vous ont enseigné ?
Marcel Roy, Ken Dallage, Ahmed Djemail. J’ai aussi effectué des stages de formation ou master class avec Carlos Maza, Luis Comté, Carlos « Patato » Valdes,  Noumoudy Keita, François Souleymane Dembélé, Andy Elmer, Antoine Hervé… J’ai également eu l’occasion d’assister à un stage de percussions djembé et dundun au Mali en 2013 avec le maître tambour François Souleymane Dembélé déjà cité.

Machito, Chano Pozo, Ray Barretto, Manolo Badrena, Minino Garay… sont les premiers noms qui viennent à l’esprit quand il est question de percussionnistes renommés…
Les percussionnistes que vous citez en font partie, évidement… mais il y aussi Steve Shehan, Mahut, Michel Delaporte, Nana Vasconcelos, Miguel «Anga» Diaz, Francisco Aguabella, Don Alias, Giovanni Hidalgo, Pedro Aznar, Marc Depond, Pierre Marcault, Jean-Pierre Drouet, Pierre Chériza, Abdou Mboup, Carlo Rizzo, Zakir Hussein, Trilok Gurtu, Bernard Lubat, Israel «Pirana» Suarez, Paquito Gonzales, Ruth Anderwood ….

La liste des percussionnistes importants est, en effet, beaucoup plus large que celle citée précédemment. Quels sont ceux qui ont eu une résonance particulière chez le praticien des percussions que vous êtes ?
Giovanni Hidalgo est sans doute celui qui m’a le plus impressionné ; Nana Vasconcelos (percussionniste dans le groupe de Pat Meteny) celui qui m’a le plus marqué… Et j’ai été séduit par tous les autres ! J’admire également le travail que réalisent Me’shell NdegeOcello, Akamoon, Lénine, Ambrose Akinmusire, Georges Russellle, Vince Mendoza (notamment pour leurs intensités musicales et la richesse des arrangements).

Quels sont les groupes musicaux auxquels vous participez actuellement ?
Il y a INEBIA (formation qui présente des compositions de Vincent Pagliarin au violon et d'Olivier Mugot à la guitare; ce quintet est complété par la vocaliste Marie Mifsud, Philippe Henner à la basse, et donc moi-même aux percussions); NANOU COUL (chanteuse malienne; répertoire de chant traditionnels, musiques et instrumentarium revisités par un arrangeur, S. Rault); GROUPE MAFE (répertoire festif musique du monde); GROUPE LALISONG QUARTET (standards jazz arrangés en français); OFMA (Orchestre Francilien de Musiques Amplifiées; quinze musiciens, répertoire de reprises (rock et funk) et compositions originales); SANYA KROITOR (violoniste russe; musique Klezmer et compositions originales); GROUPE O+ (trio acoustique; compositions originales autour de l’univers de son chanteur et guitariste, Olivier Faure).

Par ailleurs, vous possédez une expérience pédagogique de longue date.
J’ai commencé l’enseignement en 1986. J’exerce actuellement au Centre des Musiques Didier Lockwood de Dammarie-les-Lys (77) et à la Maison des Loisirs et de la Culture de Cesson (77 également). Les cours sont dispensés aux adultes et aux enfants, en séances individuelles et en ateliers. Pour les enfants, l’enseignement se fait sous forme d’éveil musical à partir de 3 ans et pour les adolescents et les adultes sous forme d’ateliers de percussions d’Afrique de l’Ouest. D’une manière plus générale, en ce qui concerne les élèves débutants, les premières notions abordées sont le placement des mains sur la peau, l’attention portée aux sons ainsi obtenus, l’écoute de soi et des autres et le rôle de l’instrument dans le collectif, puis le travail des polyrythmies.

Quelles sont les motivations de ceux/celles qui décident de franchir la porte de vos ateliers et que vous avez pu observer ?
L’aspect des instruments donne aux personnes une première impression de facilité d’exécution et de résultat. Mais passée la découverte de ces instruments, c’est le retour à la réalité technique, à la transmission orale ou au solfège rythmique… et surtout au travail individuel à fournir nécessairement pour parvenir à jouer réellement, comme c’est le cas avec n’importe quel autre instrument de musique.

Avez-vous des projets discographiques en cours ?
Oui. Préparation d’un album avec le groupe INEBIA (sortie prévue en 2022) et préparation d’un autre album avec la formation NANOU COUL (sortie prévue également en 2022).

A l’heure actuelle, les possibilités de représentations musicales se sont gravement réduites du fait de ce fléau intégral qu’est le Covid. Comment vivez-vous cette situation en tant que musicien et au niveau des concerts ?
La situation est dramatique ! Même s’il n’est jamais vain, le travail fourni avec les différentes formations pour la préparation de concerts ne peut pas porter ses fruits normalement. De nombreuses représentations ont été annulées ces derniers mois et celles prévues restent malheureusement encore incertaines

Quels sont vos vœux de musicien pour l’avenir ?
Continuer à enrichir et développer mon jeu dans les formations actuelles et celles à venir. Que le développement culturel et la création sous toutes ses formes occupent une large place dans nos sociétés.

La plus belle musique est celle que l’on n’a pas encore jouée.

                                                                               Propos recueillis par Didier Robrieux

 

[Décembre 2021]
DR/© D. Robrieux

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