Joyaux du jazz

 

   WHISPER  NOT       

Un thème

de tout premier choix

 

 

   L'écoute du fameux standard de jazz Whisper Not (1956) provoque un plaisir, un ravissement profondément magnétique. Whisper Not est censé vouloir dire «pas de chuchotement; ne chuchote pas» et pourtant le morceau instrumental qui porte ce titre ne semble fait que pour le murmure, le susurrement, la retenue, la confidence, si l’on en croit la ligne d’interprétation choisie par son créateur, le saxophoniste ténor Benny Golson (né en 1929).
   Cette musique semble être un aparté à bas bruit, une adresse affectueuse, peut-être amoureuse, prévenante, intime. Que de tenue, d’élégance dans cette prestation des Jazz Messengers enregistrée lors du concert de 1958 à l’Olympia (Paris). Ce moment musical est disponible sur YouTube1. On y voit ledit Benny Golson accompagné de Lee Morgan (trompette), d'Art Blakey (drums), de Jymie Merrith (contrebasse) et du pianiste Bobby Timmons assis sur une mauvaise chaise devant son instrument. Que de réserve, de modestie, d'attention, de douceur dans le jeu de Golson. Que de souplesse, de délicatesse dans l'exécution des enchainements d’harmonies de cette complainte. Même le solo de Lee Morgan, davantage en forme d'exhortation, est empreint d'une impressionnante mansuétude. Whisper Not fait partie de ces morceaux qui, après les avoir écoutés, continuent à résonner en soi pour longtemps.
   Parmi les autres enregistrements de ce titre, on marquera une préférence pour ceux de Stan Getz au saxophone ténor (facture bien sûr plus sonnante, moins feutrée), de Bobby Hutchinson (vibraphone), de Wes Montgomery (guitare), sans oublier Hank Jones (piano).
   Des paroles écrites par Leonard Feather (1914-1994) suivront la création instrumentale de ce standard; elles viendront rejoindre les livrets de très nombreux répertoires chantés. Du coté des jazzwomen, le Whisper Not de Peggy Lee (davantage empressé, démonstratif, dansant) nous émeut par une verve et une pureté mélodique incroyables. Tout aussi rondement, Anita O'Day rivalise de grâce et d'heureuse fluidité dans une version à ne manquer sous aucun prétexte. Enfin, Ella Fitzgerald s'impose tout naturellement dans la présente liste. Avec sa perfection vocale, sa magnificence, son intensité de cœur, elle nous fait le cadeau d’une swinguante et passionnée lecture de ce thème.  

Didier Robrieux
                                                                                                                                                                                                                                       

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1. https://www.youtube.com/watch?v=JN6vCdmOV-Q1