DISQUES

Yonathan 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

YONATHAN AVISHAI QUINTET

 

Modern Times (suite) :

The Parade

          

    Titré The Parade (Jazz&people, 2016), le second CD de la suite Modern Times rassemble cette fois Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie), César Poirier (saxophone alto, clarinette) et d'Inor Sotolongo (percussions).
    L'ancestral woodblock est un instrument de percussion formé d'un morceau de bois creux que l'on frappe avec une baguette. Déjà présent en tant que point d'origine, figure de ponctuation rythmique, voire fil conducteur dans le premier Modern Times (prélude, interlude, Sketch Of Barcelona), le woodblock se fait désormais trait d'union en inaugurant cet album et en donnant le départ d'une éclatante musique de carnaval (Le Nouveau Monde). Il y a de la samba dans l'air !
    A la suite, épure toujours et unisson pour une courte composition en forme de récitatif métré au cordeau (Poem for Ornette Coleman), notes éparses, phrases clairsemées et silences formant là-encore le substrat d'un lent et étrange récit musical (Death of a River), spleen de musicien solitaire (Diminuendo), pastel nimbé de nuances orientales pour L’Arbre et l’Ecureuil que sillonne un riff jazz-rock jamais appuyé, accort, affectueux.
    En écoutant Simgik sitôt quitté son préambule minimalo-répétitif-contemporain à la Steve Reich —, on songe aux âges immémoriaux de l'Afrique qui emplissent tout chez Fela Kuti ou Art Blakey (album The African Beat), par exemple. Sur ce fond multiséculaire et cette ardeur sans pareille se superposent par moments des contretemps et un timbre de clarinette entendus à la Nouvelle Orléans ou dans le répertoire créole.
    Une qualité de rythme reste toujours en piste dans le CD. Au gré d'une cymbale économe très rapidement prise d'une vélocité scintillante, mais aussi avec les apports merveilleux de sagacité et de tact des percussions d'Inor Sotolongo, piano et clarinette flânent, se promènent dans Zelda. Le morceau finit par prendre une consistance cubaine. Très réussi !
    Once Upon a Time se particularise quant à lui par son agencement swing assez classique, un allant primesautier, une batterie vive, des percussions bien garnies, un pimpant solo au saxophone alto. Once Upon a Time est un thème qui fait du bien comme d'ailleurs Picnic (de la fraicheur, du toupet, des dehors "ancienne mode" qui rassérènent, qui rendent joyeux). Et puis avec The Battle, quelle sensation ! Dès les premières mesures, on a l'impression que s'ouvrent devant nous les portes magistrales de quelque Cité interdite ou palais de Maharadja. Timbres chinois, khmers, indiens, orientaux, africains, latinos... heureux melting-pot ! Somptueux prélude ! La température monte ensuite avec un climat afro-latino qui se convertit en swing généreux.
    En apothéose de cet enregistrement, le titre baptisé The Parade est une composition bien imaginée dans laquelle l'harmonie entre tous les membres du quintet est particulièrement perceptible : coordination ingénieuse, brillante, pulsation d'ensemble follement bien sentie incorporant une composante caribéenne, séquence saxophone au top. Une pièce qui clôt l'album et que l'on ne peut manquer d'apprécier.

 

                                                                                              Didier Robrieux

Photo : Chris Boyer

 

 


DR/© D. Robrieux