Vie littéraire

Roger vrigny

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roger Vrigny
Souvenir hommage

 

Littérature romanesque

 

L’AMOUR
DES PERSONNAGES

 

 

 

    Jeanne Eyre, Constance Bonacieux, Emma Bovary, Alonso don Quichotte, Edmond Dantès, Sherlock Holmes, Anna Karénine, Fifi Brindacier, Elizabeth Bennet, Sophie de Réan, Jean de Pardaillan, Sagamore Noonan, Ed Cercueil, Gregor Samsa, Eugénie Grandet, Babette Hersant, Jane Marple, David Copperfield, Jean Valjean, Gil Blas de Santillane … et tant et tant d’autres…
    Tous ces protagonistes fictifs romanesques masculins et féminins que l’on rencontre dans la littérature ne sont-ils pas ceux qui, en tête, la hissent jusqu’à ses plus hautes cimes ? Ne sont-ils pas les merveilleux rejetons d’un gestation d’écriture volontaire et inspirée tournée vers l’ouverture, la différence, l’altérité, l’idéalisation, le hors-soi, et non celle d’une gestation d’écriture regrettablement autocentrée à l’excès qui n’est souvent que vanité, simulacre et foutaise, qui n’est souvent que l'expression d’une indigence créatrice ? Dès lors, il y a toujours motif à réjouissance à lire les nombreux écrivains et écrivaines d’aujourd’hui qui continuent mordicus à faire œuvre d’invention, de poétisation et de rêve en donnant naissance dans leurs textes à des personnages émergents et nouveaux qu’ils modèlent, qu’ils sculptent, auxquels ils donnent souffle et vie.
    Par-delà ses toujours fines et perspicaces analyses, l’écrivain Roger Vrigny (1920-1997) que l’on pouvait écouter jadis notamment lors de son émission Lettres Ouvertes sur France Culture diffusée entre 1984 et 1997 était un des rares critiques littéraires qui portait l’éclairage — substantiellement, avec gourmandise, avec une passion jamais éteinte — sur ces entités authentiques que sont les personnages de roman
    Dans notre souvenir, Roger Vrigny ne tenait pas les personnages de roman à distance. Avec une grande fraîcheur, avec l’élan de la spontanéité, dépouillé de toute arrière-pensée et de tout présupposé, il allait à leur rencontre. Il leur parlait. Il les écoutait. Il entendait leurs peines, leurs troubles, leurs craintes, leurs tourments. Il se félicitait de leurs joies. Il se faisait fort de comprendre leurs existences, s’interrogeait sur leur passé comme sur leur devenir. Il se délectait sans mélange de leurs aventures. Il migrait corps et âme dans leur univers. Il se transportait dans la dimension du « premier degré », dans les premiers cercles de l’innocence et de la sincérité d’où peuvent s’initier les voyages de l’imaginaire les plus puissants et les plus extraordinaires. En un mot, Roger Vrigny croyait aux personnages qu’il croisait dans les romans. Il leur conférait un statut d’êtres faits de chair et de sang, de cœur et d'esprit, à part entière. Ce rapport sensible et pur à la fiction romanesque si riche de vérités n’est pas oublié. 

Didier Robrieux

[ Septembre 2026 ]
DR/© D. Robrieux